L'histoire de mes ancêtres à Oran
commence dans ce quartier,

Mon cher Marcel,
La Place Laurence, était un de mes terrains de football préférés et d’après ce que tu m'en as dit j'y revois une épicerie, celle de ta tante Conception MARTINEZ où j’allais chercher du vin pour la famille. Ce commerce était prés du cinéma (le Victoria) et l’ épicerie qui se trouvait en face vers le bas de la Place, appartenait à ton oncle Fédéro MARTINEZ qui avec sa femme Angèle, faisaient des Tayos comme je n’en ai plus jamais mangé.
C’était marrant de voir qu’une sœur et un frère avaient le même type de commerce sur cette place.
En face de ma maison (dans mon souvenir d’enfant) il y avait une pâtisserie tenue par un Maitre Artisan- Pâtissier Mr PACO, Il faisait des gâteaux d’enfer, pourquoi dit-on cette expression ? ne devrait-on pas plutôt dire des gâteaux du Paradis avec des crèmes incroyablement bonnes.
La population Israelite du quartier faisait appel à ses services pour y faire cuire le pain ainsi que le plat traditionnel du Samedi à savoir; la Tafina (un genre de cassoulet de poids chiche qui tenait bien au corps et à l’esprit car c’était trop bon) la cuisson se faisait très lentement et cela finissait en confit. (Des plats que les anciens savaient si bien faire, avec tant d’autres dont certains ont hélas disparus avec eux)
Je revois encore cette Place Laurence, ce terrain de foot miniature à l’échelle de notre taille d’enfant, il était à portée de voix de nos parents.
Nos équipes étaient inter changeables, en l’espace d’une demie heure, un joueur de mon équipe devenait mon adversaire, le ballon était confectionné de papier, de chiffons et de ficelle, fait avec les moyens du bord mais cela nous évitait de casser les carreaux des boutiques, il nous permettait aussi de mieux maitriser la technique.
Entre deux parties, on allait acheter une barre de chocolat Kholer que ton oncle vendait au détail, on montait vite à la maison pour prendre un morceau de pain et boire un bon coup de Quebec ou du sirop avec de l'eau, cela nous permettait de repartir pour faire encore 3 ou a 4 petits matchs.
Dans nos têtes, nous étions des dieux et des passionnés du foot, des Ronaldo en herbe mais nos héros s’appelaient à cette époque, Fontaine, Kopa, Piantoni ,Vincent ,Jonquet, Marche ,Dominique Colonna, Remetter ainsi que bien sur Di Stefano, Gento, Santa Maria, Puskas etc … etc…
Je me souviens que les clubs locaux à savoir le C.A.L.O, (club qui m’était cher), la J.S.S.E de Saint-Eugène, La MARSA de Mers-el Kébir, le REVEIL, USMO et ASMO) bénéficiaient de l’apport de joueurs Métropolitains de renoms, ils effectuaient leur service militaire.
Au C.A.L.O Il y avait Marcel AUBOUR (gardien de l’équipe de France et de Lyon) qui alternait avec DONOVAN (Rennes) et surtout FERRY (gardien de Nice dont l’un des frères faisait parti du staff des dirigeants du C.A.L.O.
Les couleurs de mon cher club, étaient, si tu te souviens Marcel, noir et rouge avec des rayures verticales comme l’OGC Nice.
Ce qui me fait sourire aujourd’hui, c’est bien sur tous ces souvenirs d’enfance, mais aussi la faculté de la mémoire chez les êtres humains pour occulter certaines choses et en embellir d’autres.
En prenant pour exemple la Place Laurence, ma sœur qui était retournée à Oran en 1981 avec ses enfants et mes parents, s’était empressée de me téléphoner pour me dire que cette place était toute petite et qu’ elle se demandait comment nous avons pu jouer aussi nombreux au foot dans les limites de cet espace.
Mais j’ai aussi la faiblesse de penser que même si la mémoire est sélective, nous étions drôlement heureux pour pleins de raisons qui ne doivent pas t’échapper Marcel, car c’était aussi l’époque qui voulait cela, la vie y était dure pour nos grands parents et parents qui n’étaient pas tous, comme tu dois le savoir, des gens friqués.
Je sais aussi que tu as tes racines aussi à Salanton, oh pardon je voulais dire Saint-antoine, ton père est né à la rue Kristel et qu'il habitait par la suite au n° 9 de la rue Sidi-SNOUSSI et que la majorité de la famille FERRERES à Oran, est issue de ce quartier.
Je termine mon message et je te remercie de nous faire revivre ces merveilleux moments de notre enfance, je te souhaite beaucoup de bonnes choses amigo de Boulanger,
Francis B. de la Place Laurence


Il me tenait à cœur de faire quelques pages sur le quartier de Saint-Antoine, je la dédie à mon Bisaïeul, Ramon FERRERES. En 1887 dès qu’il a mis les pieds sur ce beau pays et malgré les douleurs, les souffrances, les maladies que tout un chacun pouvait contracter sur cette terre, il a eu la force et le courage d'y rester. Aujourd'hui je l'en remercie de tout mon coeur d’avoir tenu le coup. Grâce à lui j’ai eu la chance de vivre dans un pays où tout était différent de ce que j’ai connu par la suite. Cela à duré 14 ans mais j'ai eu le temps de m'enrichir de beaucoup de choses et je souhaite à beaucoup de gens de connaitre ces moments merveilleux et fraternels comme je les ai connus avant cette guerre qui a fait de nous des apatrides.
Marcel FERRERES
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