Parmi les figures qui déroulaient le cinéma de mon enfance - et qui souvent n’en savaient rien - il en est une qui était grandie à mes yeux par l’intérêt que lui portait mon père, féru de courses cyclistes. Car Ernest NIETO, chaudronnier quotidien, se muait à vélo en une petite gloire locale et familière, le dimanche venu.
Mon souvenir ému m’incite à vous le présenter. Bien modestement.
Ernest Raphaël Alfred NIETO est né le 29 mars 1927 à Prudon département d’Oran, près de Sidi-bel-abbès, il était le fils de Joachim NIETO et de Dolores MARCO. Il faisait partie d’une fratrie de 6 avec Joachim, François, Joseph, Hubert et Lucienne.
Ils s’installèrent plus tard à Oran au Patio PEREZ du 26, rue de la Guillotière dépendant de la boulangerie-pâtisserie où son père travaillait.
Ernest devint chaudronnier et à ce titre fut employé dans plusieurs entreprises dont la dernière avant son arrivée en France fut l’Aéronavale de la base de Lartigues.
Doué pour les sports (Cyclisme Football, Plongée sous-marine) il fut dès le plus jeune âge particulièrement attiré par la bicyclette, devenant un coureur « indépendant » successivement pour la Jeunesse Sportive de Saint-Eugène et pour le VSBH et se montrant assidu en compétition jusqu’en 1961, l’année 1962 étant celle où la Fédération dut clore définitivement son calendrier.
Nous indiquons ci-dessous quelques-uns des résultats obtenus par ce chaudronnier qui, malgré son labeur, ne cessa de parcourir avec bonheur les routes de la région.
En 1954 Ernest termine 7ème au Grand Prix de Tizi près de Mascara (155 km) remporté par Jean GARCIA
En 1955 Tour d'Oranie Cycliste au Vélodrome d'Eckmül, Ernest termine 6ème
En 1955 Tour d’Oranie, Ernest termine 4éme derrière Mohamed BELKACEMI, CANDELA et SILES
En 1956 au grand prix de la FFC, 3ème critérium contre la montre, Ernest termine 2ème derrière à 3 secondes d’ARCHILLA de l’ASPO et devant son coéquipier CANO de VSBH
En 1956 l’équipe de VSBH d’Ernest se classait 2 ème au grand Prix Cadène sur piste à Oran derrière l’équipe de l’ASPO.
En 1956 sous une pluie battante, Ernest se distingue dans la course du Prix d’ouverture organisée par le COB (Club Olympique de Boulanger) et arrive en tête en couvrant les 72 km en 1h 58’ 55’’ devant AGUIRRE de l’équipe ESO.

1956 au Vélodrome d'Eckmül, au kilomètre lancé,il termine 4ème derrière BANDINI (ASPO) SEGURA (VSBH) et ARCHILLA (ASPO)

1957 au Grand Prix du CRO (100 km), Ernest termine 7ème et c’est Fernand GIMENO (COB) qui arrive en tête en battant au sprint Raphaël REMY (VSBH)
1957 au Prix d’Ouverture ( 50Km) Ernest arrive en tête en 1h 18’ 35 ‘’ devant MELLINA et SEGURA
1957 au Grand Prix des Industriels de La Sénia, Ernest termine 4ème derrière DAMERMANT (PCBA) GIMENO (COB) et LESTOURNEAUD (ROO)
1958 au Grand Prix des Clubs Cyclistes ( 160 km) il arrive deuxième derrière GIMENO en 4h 23’
1958 aux Championnats d’Oranie sur route (180 km) Sous les couleurs du CSM il arrive en tête en 5h 01’ 14’’ en battant GIMENO sur le fil.
1958 le 23 février au 1er Grand Prix Achille JOINARD, il termine 13ème
1958 le 11 mai au Grand Prix de la ville d’Oran (150 km), il arrive 1er devant GIMENO
1959 le 9 mai dans le Grand Prix de l’Ouest, il termine 5ème au classement général derrière GIMENO, LAMPSON, LE BORGNE et BUSSON
1959 Critérium des espoirs (catégorie senior) il termine 1er sous les couleurs de la JSSE
1959 dans le Grand Prix Lepori-Vercasson à Saint -Eugène, il termine 7ème
1960 au mois de mars au Grand Prix de la roue d’or (140 km), il termine 6ème toujours sous les couleurs de la JSSE
1960 il est classé 16ème au classement des coureurs indépendants et amateurs d’oranie
1961 au mois d’avril, Grand Prix de Tizi, il termine second derrière ARCHILLA
1961 au Critérium de l’effort, il termine 8ème à moins de 3 minutes du 1er Jean-Marie BARROIS (ROO)
1961 au mois de mai aux championnats d’Oranie sur piste, il perd de justesse en finale des 4 km contre ARCHILLA
Il vivait simplement, il était beaucoup estimé dans notre quartier, son épouse Yvette allait souvent acheter le lait et d’autres articles à l’épicerie de ma cousine Marie-Louise qui se trouvait à la rue de Brazza entre Choupôt et Boulanger.

1962 arrivée dans la douleur en Métropole, il s’installe avec sa famille à Martigues dans les Bouches du Rhône. Il travaille comme grutier au port de Caronte. Comme tous ses compatriotes, il reconstruit sa vie avec la force de ses poignées et en appliquant les valeurs que ses ancêtres pionniers lui ont inculquées.
Pour se détendre, il écoutait les chansons de Jacques BREL et d’Alain BARRIERE. Il adorait le flamenco comme tout Oranais qui se respecte.
Dans un autre registre, il aimait l’opéra et il avait un faible pour Luciano PAVAROTI.
Il avait une très belle voix, il poussait volontiers la chansonnette et celle qu’il aimait chanter par-dessus tout, c’était « Besa me besa me muncho, como si fuera esta noche la ultima vez »
On le croisait souvent avec son vélo sur les routes de la région Martégale, Le cyclisme était sa passion jusqu’à la fin de ses jours, d’ailleurs la veille de son décès il roulait encore.
Qui l’a connu se souvient de sa contagieuse gaieté, lorsque, commençant à conter l’une de ses innombrables blagues, il déclenchait tant de rires qui se nourrissaient les uns des autres qu’il semblait que l’histoire qu’il avait lancée, devenue la propriété de tous, n’en finirait jamais.
Elle devait finir, hélas, quand il s’éteignit le 12 juin 2000 à Martigues, à l’âge de 73 ans.
Ernest 4ème en partant
de la gauche équipe VSBH

GIMENO et Ernest NIETO
à Sainte-Anne

1955 Equipe VSBH au n° 2 Ernest NIETO
Ernest au n° 1
et VALDES au n° 4

1955 Grand Prix Terrot
n° 1 Ernest NIETO
n° 3 VALDES

Ernest. NIETO,
B. OHL et S. LE BORGNE

Au 1er Plan CASTEL avec Ernest NIETO
Ernest à droite,
un superbe athlète

VALDES et Ernest NIETO
une vraie complicité

Son ami VALDES