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                  22 mars journée nationale de l’eau.


L’eau : une coupure et nous voilà affolés, cherchant des récipients pour recueillir ce précieux liquide, nous nous rendons compte  tout d’un coup de son importance dans la vie de tous les jours.
Cette journée du 22 mars  me rappelle des souvenirs du temps de mon enfance.
Nous avions déménagé du faubourg Boulanger, pour aller nous installer dans l'usine d'alfa de mon grand père Monsieur Rosa à Medioni, plus communément appelé le « Jamli »
La fabrique était située dans la rue de la biscuiterie Girard, ha ! La bonne odeur quand nous passions devant pour aller à l’école. Cette rue ensuite nommée IBN Batouta n’était plus goudronnée après la biscuiterie, par temps de pluie c’était un véritable bourbier, quel  «  bagali »
Il y avait une épicerie « Soussi », le patron était amoureux de la petite Fatima, notre compagne de jeux et il fut très malheureux quand les parents de notre amie, l’emmenèrent se marier à un vague cousin dans un bled.
Nous avions comme voisin le fils Solano, Dédé Zamora avec son éternel béret vissé sur la tête, mon frère me faisait croire qu’il ne l’enlevait même pas pour se coucher, et sa sœur Marie-Jo aux cheveux rebelles que le peigne n’arrivait pas à discipliner.
Nous n’avions ni eau, ni électricité, le soir maman allumait le quinquet ( lampe à pétrole) dont il fallait remonter la mèche pour avoir un peu de lumière, et le verre qui la protégeait se noircissait et il fallait avec beaucoup de précaution le nettoyer, si on appuyait un peu trop fort, il se brisait tellement il était fin.
L’eau, il fallait le matin avant de partir à l’école, faire la queue à la fontaine du faubourg, nous défendions notre place à coup de seau. Nous la transportions dans deux seaux pour équilibrer le poids et pour ne pas cogner nos jambes, nous posions dessus un cerceau, une roue de bicyclette débarrassée de ses rayons, nous nous mettions dedans au centre et le cerceau reposait sur les deux seaux de chaque côté.
Deux  fois par semaine nous mettions sur un carico un grand bidon, qui servait à transporter de l’huile, cette eau était pour la cuisine, nous nous attelions à tour de rôle mon frère et moi comme des chevaux pour tirer ce carico. Pour aller à la fontaine c’était facile le tonneau était vide et la rue en pente, pour le retour c’était l’inverse. Nous nous partagions la tâche, l’un était devant et tirait, l’autre  derrière poussait, mais souvent je me rendais compte que je tirais comme un bourricot et que mon frère au lieu de pousser était monté derrière le baril.
Mais pour autant la corvée d’eau n’était pas finie. Pour l’usage courant, lavage, toilette etc.., nous allions chez les voisins tirer l’eau du puits, après l’école, c’était un puits ordinaire avec une margelle en pierre un seau au bout d’une corde. Nous faisions descendre le seau nous  entendions le plouf au fond et nous  remontions le tout, au début de la remontée le seau rempli d’eau ne semblait pas très lourd mais plus il se rapprochait, plus il pesait, nous finissions sa remontée en nous arque boutant les deux  pieds sur la margelle inconscient du danger. C’était une eau impropre à la consommation.
Ce n’était pas une corvée pour nous, c'était naturel, cela faisait parti de la vie de tous les jours.
Il est évident que lorsque nous rentrions de ces expéditions d’eau, nous étions trempés, maman nous frictionnait vigoureusement avec une serviette, nous on riait, nous  étions  heureux.

Francine PORTUGUEZ




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J’avais commencé à raconter mon histoire d’eau, je me suis dit pourquoi ne pas continuer ? Actuellement il y a beaucoup de livres sur les pieds noirs, sur une guerre qui ne voulait pas dire son nom. Je préfère raconter ma vie là bas, comment nous vivions « nous, les colons, nous, les terriens aux centaines d’hectares » et quand ces appelés puis ceux des contingents sont venus en Algérie ont-ils cherché  comme les conquérants espagnols où était notre Eldorado . Notre Eldorado c’était le soleil, le bleu de la mer, les plages de sable fin, le cabanon sur la plage, les tchumbos, la pastèque, le patio, nos voisins, notre façon de vivre, de rire et même de nous disputer, «  notre accent que les professeurs de français essayaient sans grand résultat de corriger » ;  nos soirées assis sur le tranquico, mais  j’arrête là, la liste est trop longue pour décrire  ce qui faisait notre vrai richesse.
L’eau avait une grande importance surtout à l’époque où l’eau salée coulait dans nos cuisines, où au robinet de la fontaine dans la cour à Boulanger, nous achetions celle qui était douce et que nous réservions surtout pour boire. Il y avait des vendeurs d’eau qui passaient soit avec la charrette ou simplement le bourricot : « agua dulcé, Elma » criait le petit marchant et nous sortions pour faire notre plein. Quand le barrage de « Bénibadel » est entré en service, nous avons rajouté du sel dans l’eau pour faire le café, nous estimions qu’il était meilleur ainsi.
A Médioni, il y avait le vendeur d’eau qui passait secouant une  clochette, une outre en peau de chèvre remplie d’eau  accrochée par une bandoulière sur le côté et une timbale en cuivre,  pour même pas un douro nous étanchions notre soif, l'eau était fraîche.

A l’heure actuelle, il y aurait des hauts cris  sur  l’hygiène !!! .

Une cour, un coin d'ombre,  une planche en bois striée posée sur une brique dans un grand baquet en zinc plein d'eau, du linge qui trempe, une brosse à chien dent, un morceau de savon de Marseille, une petite fille, le devant ceint d'un grand tablier. Je frottais le linge sur la planche ou bien entre mes deux mains. Nos bébés d'alors, ni nos mamans d'ailleurs, ne connaissaient pas les couches jetables d'aujourd'hui, mais des langes triangulaires que l'on faisait tenir avec des épingles à nourrice et que l'on vérifiait chaque fois que l'enfant pleurait, c'était tout un art pour les langer. Il fallait laver maintes couches, les leurs ...et ceux de la maman et oui ! Là aussi, pas de serviettes hygiéniques à mettre sous petit sachet plastique, il fallait frotter. Un coup de savon sur la partie souillée ensuite exposition au soleil et on relavait le tout pas besoin de javel, le soleil avait fait son travail de blanchisseur. La brosse servait pour les pantalons ou les pièces dures. Quel régal d'avoir les mains dans l'eau et d'être toute mouillée à la fin malgré le grand tablier de mémé.

A l'heure actuelle, il y aurait de hauts cris sur le travail des enfants.

Le jeudi, maman nous emmenait avec elle aux bains turcs, au hammam. Nous entrions dans une grande salle toute carrelée avec des bancs de pierre tout le long des murs. Nous nous dévêtions là, nous laissions notre linge en toute confiance. Nous passions toute nue, dans une première pièce légèrement chauffée et ensuite dans une autre où la chaleur humide était intense, nous étions en sueur en moins de quelques  secondes. La pièce était sombre, après s'être accoutumées à cette demi-pénombre, nous choisissions notre place dans cette salle commune, un robinet, un petit lavabo, à ras du sol, une boîte  de conserve comme récipient pour nous balancer de l'eau. Assises par terre, nous nous lavions à grand’ eau, l'air était suffocant, alors nous ressortions dans la pièce qui servait de vestibule, nous nous  reposions un peu, ou bien dans la grande salle d'entrée , couchées sur les bancs de pierre, nous reprenions notre souffle, et buvions le verre de thé offert gracieusement par la patronne, avant de revenir dans la salle surchauffée. Il y avait une servante  qui pour une piécette nous frottait le corps avec beaucoup de vigueur, un peeling actuel c'est de la rigolade à côté de ses frictions. C'était un lieu de rencontres conviviales, nous parlions avec nos voisines, nous assistions à la toilette des futures mariées, rasage, henné, rassoul sur la tête, les youyous. Nous sortions enfin, enroulées dans une fota « pour cacher la tota » (ne pas traduire). Après nous  être rhabillées,  nous repartions légères de corps et d'esprit.

A l'heure actuelle, il y aurait des hauts cris sur cette promiscuité.

Et la dernière eau, celle de la mer, si bleue les jours de beau temps, si grise les jours de tempête, et si illuminée la nuit avec le reflet de la lune ou des petites algues phosphorescentes qui dansaient au gré des vaguelettes, peut être cela sera  pour une autrefois quand la nostalgie me reprendra.

Francine PORTUGUEZ
Le marchand d’eau
L'eau c'est la vie! Pensez a l'économiser afin que nos descendants puissent vivre longtemps sur nôtre Planète.