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                                          Hommage à mon frère Louisou.

Souvenirs douloureux, maman t'a pleuré jusqu'à son dernier souffle. Elle est près de toi et de papa à présent.
Louis FERRERES né Le 11 septembre 1945 à Oran au 20, rue Mancipp à Boulanger.
Disparu trop jeune avec deux camarades, dans un accident du travail le 11 juillet 1974 à Marseille, au chantier en construction du Grand-Pavois avenue du Prado, à côté du stade vélodrome où il aimait aller pour voir les matchs de l'O.M de la grande époque.
Merci pour ta gentillesse, pour ta gaité. Nous n'oublirons jamais ton beau sourire et tes yeux verts charmeurs, tu avais tout d'un bel acteur américain "Robert Redford". A un de ces jours Louisou!
Je me rappelle encore, d'un après-midi du premier de l'an, je crois que c'était en 1958 et un mercredi, nous étions allés au cinéma " L'Empire" 16-18 rue Alsace Lorraine (Passage Pascalin) avec notre sœur Marinette et notre beau frère Gaby.
Je me souviens encore de ces belles arcades et de ces belles boutiques qui ornaient cette magnifique artère, c'était notre faubourg "Saint-Honoré" à nous. Il pleuvait et nous attendions tranquillement sous ces arcades la prochaine séance du film "Trapèze" du réalisateur Carol REED, c'était le film de l'année et je dirais même de la décennie. Tout le monde se pressait pour aller le voir. C'était vraiment un film magnifique, comme seuls les Américains savent le faire!
Il était interprété d'une façon magistrale par le trio d'acteurs, Burt LANCASTER, Tony CURTIS et la belle Italienne Gina LOLLOBRIGIDA.
Dès notre retour à la maison à la rue Mancipp, tu m'avais appris quelques acrobaties, l'arbre droit et des cabrioles, tu m'entrainais a faire le grand soleil sur les branches du jujubier qui se trouvait sur le campico (petit champs) en face de chez nous, deux ans après malheureusement sur ce même campico, une épicerie avec une grande maison ont été construite à l'angle de la rue d'Auppeu et de la rue mancipp, en face de l'épicerie de M. SOCCORO. Lors de la construction, le propriétaire qui était Algérien, nous faisait travailler pendant les trois mois de congés scolaires. Nous étions cinq petits Roumis (Européens) Nous transportions les brouettes remplies de sable et de gravier, nous transportions aussi des gros blocs de pierre et des briques. Le mélange de mortier nous le faisions à la pelle. c'était comme à l'époque des Pharaons, Tout ankh amon ho! pardon tout à la main!
Il nous payait un franc de l'époque et une bouteille de limonade par jour pour huit ou dix heures de travail.
Qui a dit "Ces colonialistes de Pieds-Noirs sont des négriers qui font suer le burnous aux pauvres indigènes"
Nos parents ne disaient rien, cela nous occupait au lieu de trainer dans les rues où d'aller vaguer sur les falaises de la cueva de l'agua.
Revenons à notre film, après nos entrainements à la Rambo, nous voilà partis pour un remake de Trapèze.
Toi tu tenais le rôle de Burt LANCASTER et moi celui de Tony CURTIS, c'est vrai et tu avais raison pour le casting, tu avais les cheveux blonds comme Burt et moi les cheveux bruns comme Tony mais nous n'avions jamais trouvé notre Gina LOLLOBRIGIDA.
A bien y réfléchir aujourd'hui, la seule qui pouvait tenir ce rôle, c'était Geneviève, tu te rappelles de la fille de Julot le meilleur ami de papa. une des plus belle fille du quartier, elle était le sosie parfait de Gina mais en plus jolie! Elle aurait pu tenir ce rôle. Malheureusement pour notre trio, elle était un plus âgée que nous, pour jouer à ces jeux là. Nous avons oublié tout simplement qu'elle avait deux fois dix ans!
Je me rappelle d’un après-midi du mois de juillet 1960, alors que nous avions passé la matinée à jouer dans la rue d’Auppeu, au tour de France et à la madre, le cousin Plato, éprouvant le besoin de se dégourdir les jambes, nous proposa de faire un tour avec la « banda negra » jusqu’ à la « maison hantée » de la rue Mancipp près de l’école coranique.
Cette demeure que nous savions inhabitée depuis plusieurs années se situait juste avant le champ rouge, ce campo qui séparait le quartier de Boulanger de celui de Choupôt, quartier cher à mon ami Danmarlou.
Nous voilà repartis à l’aventure et toujours sans eau ni nourriture.
Après avoir escaladé par les tuyaux de la descente des eaux de pluie, nous nous sommes retrouvés sur la terrasse.
Avec une pince nous avions réussi à ouvrir la fenêtre de toit (ancêtre du VELUX) et après avoir sauté de trois mètres à l’intérieur nous avions atterri dans une grande pièce dépourvue de meubles comme le reste de la maison. Nous voilà bien attrapés car il n’y avait ni échelle ni cordes pour ressortir. Comment faire ?
Le décor était inattendu: d’impressionnantes toiles d’araignée, des scorpions probablement en villégiature, quelques rats qui copinaient avec autant chats, tout ce beau monde avait squatté les lieux. Nous nous sentions piégés en douteuse compagnie et même les fanfarons de l’équipe ne dissimulaient pas la peur panique qui s’exprimait, ici par des pleurnichements, là par rien de moins qu’un hurlement.
Au bout de 5 heures environ, Laouèto, notre copain musulman et Antonio « le bisco »de la rue de la Guillotière qui savaient que nous étions là, commencèrent à s’inquiéter de notre longue absence de la rue d’Auppeu et, alertés par nos appels et nos pleurs, allèrent chercher du secours auprès d’autres copains en évitant soigneusement d’avertir parents et voisins.
Les sauveteurs finirent par arriver : c’ étaient nos copains qui nous lançaient des cordes ; Nous ne fûmes pas longs à nous y agripper, tandis qu’ils les retenaient fermement pour que nous puissions nous hisser. Ainsi sommes-nous ressortis par le VELUX.
Durant ce même juillet 1960, nos parents avaient acheté à crédit un téléviseur en noir et blanc. Le soir même nos voisins Monsieur et Madame NIETO étaient venus voir un film.
Il faisait si chaud toi et moi nous étions allongés à même le sol sur la fraîcheur du carrelage.
Surprise ! Qui voyons-nous à l’antenne ? Mais c’est notre belle Aline AYALA ! Le cheveu noir, qu’elle portait très court, l’œil doux mais vif, la lèvre en un sourire complice, elle accaparait notre regard, semblant nous offrir l’exclusivité de son image.
Aline était la fille du droguiste de la rue de la Guillotière et présentait les programmes de TV Oran.
Peut-être n’est-il pas inutile de dire que les trois départements d’Algérie avaient leur propre chaîne. A Oran débutaient ceux qui allaient devenir des stars de l’information, tels Jean-Pierre ELKABBACH ou Jacques POUX.
Au programme de cette soirée il y avait un western américain ou cow-boys et Indiens s’entretuaient sans relâche.
Comme d’habitude, tu eus une idée pour me faire délirer ; tu avais dans une poche un tube de stylo Bic et tu t’étais muni de feuilles arrachées à un vieux cahier, le tout pour organiser tes tirs de projectiles à la sarbacane.
Pendant que tout le monde regardait la télévision tranquillement dans l’obscurité, tu lançais des boulettes sur le visage de Monsieur NIETO.
Notre gentil voisin passa la soirée à tapoter son visage et n’en pouvant plus, il se tourna vers papa et lui dit, « Ramon hay muchos mosquitos en tu casa » Devant cette réflexion nous croulions de rire ; par peur de nous faire démasquer, tu cessas tes tirs et ni la victime ni nos parents n’eurent idée de ce qui s’était réellement passé.
Mais Monsieur NIETO n’était sans cordes à son arc. Malgré un léger handicap, à sa main droite dont l’index avait été sectionné à la suite d’un accident du travail, c’était un exceptionnel joueur de pétanque. Lorsqu’il voulait tirer, il mettait la boule à hauteur de son œil droit puis, entre le pouce et le majeur, il visait les boules à éliminer et lâchant son tir, il les éclatait à chaque coup en faisant un carreau sur place.
Monsieur NIETO travaillait comme mécanicien dans l’entreprise des transports GUILLONI basée au quartier de Boulanger. Mon cousin Bernard MARTINEZ dit Plato travaillait aussi comme carrossier et peintre.
Louisou tu aimais regarder les films espagnols avec Joselito le “chanteur à la voix d’or” et la belle Carmen Sévilla. Lors des réunions de famille où dans les mariages tu nous chantais souvent la Malaguena, Maman qui était née près d’Alméria en Espagne, était fière de toi et très heureuse de nous avoir transmis sa culture hispanique, elle te disait souvent " Louisou te doy una pieza si nos cantas a malaguena"
Je me rappelle du tout petit transistor Philips de couleur beige que tu avais acheté, le soir dans notre lit nous écoutions ensemble en sourdine sous la couverture pour ne pas réveiller la famille, l’émission rediffusée de « Salut les Copains » destinée aux jeunes sur les ondes d'Europe1 animée Daniel Filipacchi.
On pouvait entendre tous les succès de  Richard ANTHONY dont « j’entends siffler le train », de Johnny Hallyday « L’idole des jeunes »  les succès des Chaussettes Noires  « Be bop a lula »  Les Chats Sauvages avec Dick Rivers « Est-ce que tu le sais »  Les Pirates avec Dany Logan « Spring Twist » Etc…
Nous chantions aussi avec nos idoles, tu te prenais pour Johnny Hallyday et moi pour Dany Logan.
Maman nous disait souvent callese (Taisez-vous) ou alors Manana, ni el dios le levanta de la cama (Demain ni Dieu vous lève du lit)
Souvent nous nous endormions avec le Transistor en marche, heureusement qu’il marchait avec des piles Wander,
Les réveils du matin étaient souvent très durs et les journées paraissaient longues, le soir de retour à la maison, nous nous promettions de nous coucher tôt mais c’était comme une drogue, il nous fallait cette sacrée musique des années 60 qui a chamboulé toute une génération de 10 ans à 30 ans.
Aujourd'hui en regardant tes photos, je trouve que tu ressemblais au merveilleux Mick Brant qui a eu lui aussi une fin tragique, différente de la tienne, le pauvre il n' avait plus envie de vivre tellement qu'il est mal dans la peau, mais toi tu avais l'envie de vivre et tu te contentais des choses que tu as eu en te levant tôt le matin pour gagner ton salaire!

A un de ces jours Louisou! ton petit frère Pépico comme tu aimais m'appeler.


   Marcel FERRERES-MARTINEZ
























 
1948 à la Sénia , Louisou devant le maison
de notre Tante Conception PEREZ,
 
1951,  Louisou et Christiane
lors du Mariage de notre cousine
 
1958, Louisou (assis) de g à d Marcel FERRERES,
ma cousine Emilie MARTINEZ 
et notre copain Christian MARTINEZ
1961, Louisou et Gilbert  dans la région Lyonnaise
1965, Louisou aux cèdres à      Marseille   
 
1965, Marseille, Parc Corot Debouts, Louisou avec la guitare, Marc ASSOULINE Agroupis de G à D  Francis PEREZ, Jean-Pierre BARTOLINI, Jean-Michel AGUEDA, Alain CORREA
 
1971, Marseille Louisou ouvrant la bouteille de Champagne lors de la réussite de son C.A.P  de monteur en ascenseur

1965, Louisou (au centre)
pendant son service Miltaire en Allemagne
1961, Louisou dans la région Lyonnaise
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1972, 2 ans avant son accident
1965, Louisou aux cèdres à Marseille   
1961, Louisou à la campagne Lyonnaise
1965, Louisou aux cèdres à Marseille 
Tata Conception et Louisou aux cèdres, il était le fils qu'elle n'a pas pu avoir.
Publicité du film Trapèze, nous avons fait un remake ensemble