Retour à Saint-Antoine
Je suis née à Saint Antoine, rue d'Ajaccio, mais je suis partie vivre assez jeune aux Castors Cité Jourdain (à Oran bien sûr!!).
Mon grand-père, Jeronimo RUIZ était le coiffeur pour dames de la place Laurence. Et ma grand-mère, Maria, était connue par sa bonté, sa générosité et surtout parce qu'elle était tombée malade pendant la guerre (de 39-45), et qu'elle en est devenue paralysée jusqu'à sa mort, à Madrid en 1964, chez son fils ainé, Pépé, le beau gosse, tombeur de ces dames, et joueur invétéré. Celui-ci eut un fils avec sa 1ère femme Paulette, qui s'appelle Marcel RUIZ et qui vit du côté de Montpellier.
Ma mère Eulalia RUIZ était aussi coiffeuse chez son père, mais arrêta à son mariage en 1949 avec le fils ainé des PEDEMONTE de Saint Antoine, Georges. Georges est le fils d’Ange PEDEMONTE de chez BISCH & LORIN, et de Trinité PARODI, sœur d’Antoine PARODI le directeur du Crédit Lyonnais à Oran, et fille de la dame PARODI qui tenait un "comptoir" (genre d'épicerie générale) à Oran.
Ils étaient originaires de Santa Pola, et de l'ile de Tabarca, face à Santa Pola. On ne le revit plus son mari PARODI après un de ses voyages en mer, sur son bateau avec lequel il faisait le trafic d'alfa. Elle resta seule à élever ses 3 enfants, deux filles dont ma grand-mère, et un fils Antoine. Ma grand-mère dut aller travailler à la fabrique de cigarettes BASTOS, et sa sœur, se mit à coudre car elle était excellente couturière. Le destin voulut qu'un jour, le plus jeune fils de ma grand-mère, mon oncle Marcel, dit Celou, se maria avec l'une des 4 filles du directeur de chez BASTOS, Jacqueline BOTELLA, fille de Jean Baptiste BOTELLA qui se replia à Alicante en 1962, puis vint finir ses jours dans la Var.
Mon père Georges PEDEMONTE fut professeur à GARGENTA, et à l’école des apprentis de la DCAN de Dar Beida.
J’ai fait toute ma période d’école primaire à Claude Bernard, au Castors d’Oran, avec mes sœurs Maryline et Cathy.
Nous sommes arrivées dans le Var en 1962 où j’ai vécu, fondé une famille et travaillé jusqu’en 1992.
Moi je suis une éternelle écorchée vive ; ni bien ni mal ici ou là. Ni d’ici, ni d’ailleurs. Française par la carte d’identité ; méditerranéenne dans les veines. Coupée en deux constamment, j’ai exprimé ma nostalgie inexplicable par ma passion pour le chant, pour la musique des années 40 à nos jours, en Espagnol, en Anglais. La musique de mes grands-parents, car ils étaient Espagnols jusqu’à leur mort. La musique de mon père, car c’était un fou de Jazz, depuis Glen Miller jusqu’à Count Basie, en passant par Coltrane.
La musique de ma mère qui chantait divinement bien, si bien que personne ne pouvait retenir ses larmes quand elle entonnait avec sa voix roque et douce à la fois « Ay Oran, Oran de mi vida ». Elle qui avait connu l’exode de la guerre d’Espagne (ce n’étaient pas des réfugiés politiques, mais ils émigraient pour un Eldorado que les GUARINOS, famille à eux, leur avaient vanté). Oui elle avait connu cette guerre et cet exode, puis il y eut la guerre de 39-45, et les difficultés économiques de cette période ;
puis elle dut encore affronté un nouvel exode, depuis le pays qu’elle avait adopté et appris à aimer, vers un pays si différent en tout. Il fallait tout recommencer. Il a fallu travailler, se priver, ravaler sa fierté, se taire, se battre, contre l’incompréhension, le rejet parfois, la bêtise souvent, se battre encore et encore, pour élever dignement ses trois filles. Et Papa qui avait tant combattu au sein des forces de défense de son pays, l’Algérie, qu’il croyait française pour toujours, n’arrivait pas à accepter cette défaite, cet abandon, cette faillite.
Mais nous nous en sommes sortis. Avec le temps, avec le temps va tout s’en va… !!! Mais les blessures restent gravées à jamais. Les cicatrices de nos parents, c’est nous qui les portons. Les douleurs de nos parents, c’est vers nous qu’elles migrent.
Je crois profondément aujourd’hui à la résilience, cette capacité extraordinaire qu’à l’être humain de se sortir de ses souffrances. Mais je suis persuadée aujourd’hui qu’elles n’ont jamais disparu. Nous les avons partagées et nous les avons camouflées dans un recoin bien profond de notre cerveau.
Heureusement que nous les pieds-noirs, nous avons un extraordinaire pouvoir : celui qu’ont les enfants, celui des êtres nobles et simples : nous savons être heureux, envers et malgré tout. Nous savons faire la juerga, la jarana. Nous savons donner et partager. Nous aimons rire et vivre. Nous aimons le bruit et le jaleo. Nous aimons cuisiner et manger. Nous aimons la vie. Et elle nous a aidé en nous permettant d’arriver jusqu’à aujourd’hui sans nous tirer une balle dans la tête. Car quand on pense trop à tout ce qui nous est arrivé, à nous, à nos parents, à nos descendants par voie de conséquence…
C’est pour ça que lorsque régulièrement, je pousse le même soupir que ma mère, et que ma grand-mère, à la fin d’une phrase, « ay que pena !!! », plus personne ne me demande pourquoi.

Martine PEDEMONTE

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Merci à  Tina  la Martina (Martine PEDEMONTE) pour cette merveilleuse chanson chantée en duo avec Dyango "Como han pasado los anos"
Place Laurence Salon de Coiffure Ruiz Place Laurence
de mon Grand-Père Maternel Jeronimo RUIZ
Salon de Coiffure Ruiz Place Laurence
de mon Grand-Père Maternel Jeronimo RUIZ
2ème en partant de la gauche, on reconnait Cécile
la Maman de Sydney SERRA

 
Maman et ma Grand-Mère